« Je suis outré par le manque de considération de la mairie d’Orchies à l’égard du futsal »

Large vainqueur de Toulouse le week-end dernier et bien placé dans la course au podium, l’Orchies Pévèle Futsal-club a pourtant le moral dans les chaussettes. Son président, Abdelhak Ouafik, s’estime méprisé par la municipalité et l’homme d’affaires belge veut que cela se sache. Plutôt deux fois qu’une.

Propos Recueillis Par Arnaud Déthée | 11/12/2019

Vos résultats sportifs sont probants depuis le début de saison et il se dit pourtant que vous n’êtes pas heureux, qu’en est-il ?

« Sportivement, ça va bien. Notre club est structuré comme jamais, nous avons des supers joueurs et un encadrement professionnel à tous les niveaux. Le problème, c’est qu’on ne fait rien pour nous aider et ça me contrarie. J’irais même plus loin. Je suis outré par le manque de considération de la mairie d’Orchies à l’égard du futsal. Du moins, depuis que Ludovic Rohart a succédé à Dominique Bailly en tant que maire. »

Que lui reprochez-vous exactement ?

« Quand nous sommes arrivés à Orchies en provenance de Douai, j’ai eu des assurances. On allait partager la salle avec le Basket-club (BCO) et bénéficier d’un soutien financier. Aujourd’hui, je ne vois rien venir. La salle n’est quasiment jamais disponible pour nous, qu’il s’agisse des entraînements et des matchs de championnat. On a dû aller jouer à Roubaix, vous imaginez ? Notre budget est de 350 000 euros, établi en grande partie sur mes fonds propres (1). Je ne fais pas l’aumône mais j’attends un minimum de respect pour ce qu’on apporte à la commune et à ses jeunes. Grâce à la double licence herbe-futsal qu’on a mise en place avec le Stade orchésien, des dizaines de gosses du coin s’initient au futsal. On multiplie aussi les actions en faveur des gens en difficulté. La chaîne Weo diffuse tous nos matchs à la télé. Il n’y a qu’en mairie qu’on ne se rend pas compte de notre potentiel de développement. Souvenez-vous du match France-Croatie, la salle était pleine comme jamais ! Nous, on aime l’Arena et l’ambiance qu’y mettent nos supporters mais à force d’être méprisé, on ne peut pas créer une identité forte. »

À quoi attribuez-vous cette situation ?

« Je pense que Ludovic Rohart veut rompre avec tout ce qui a été initié par Dominique Bailly. Il suffit de les voir, ils ne se parlent plus. On avait invité le maire actuel à donner le coup d’envoi en début de saison, il nous a zappés. Ça n’est pas correct. J’avais également fait acte de candidature avec ma société pour reprendre le naming de la salle, quand Davo a fait défaut. Là encore, pas de réponse. On peut tout à fait cohabiter avec le BCO et les événements qui seront organisés par Contact FM. On dispose d’une convention d’occupation de la salle qui prend fin en juin. Sans aucune garantie qu’elle sera renouvelée. On va finir la saison, après… Je sais que d’autres maires rêvent de nous accueillir. Je vous garantis que nous remporterons bientôt le championnat et qu’ensuite nous ramènerons une coupe d’Europe. »

  1. Le club s’est vu refuser la subvention qu’il avait demandée cette année à la communauté de communes. En revanche, la Région lui a versé 8 000 euros pour la saison 2018/2019.

 

 

«Le club qui s’est développé le plus rapidement»

Par la voix de Farid Irbah, le district Escaut se positionne derrière le seul club du territoire de niveau fédéral.

« En février 2018 nous avions scellé un accord pour le pérenniser. Autour de la table, Dominique Bailly, alors maire d’Orchies, Ludovic Rohart, son premier adjoint, Magalie Penel, Ablak Ouafik et moi-même. Au-delà de l’accompagnement logistique, une participation financière avait même été évoquée par les élus, le district se limitant à un rôle de conseil », se souvient le président de la commission futsal du district, insistant sur l’avancée du projet présenté par le président Ablak Ouafik. « Le club est passé de zéro à cent licenciés en jeunes. Une équipe féminine est engagée en championnat. Orchies, c’est le club des Hauts-de-France qui s’est développé le plus rapidement. Il peut prétendre au label jeunes ». Concernant le mutisme de la municipalité, Farid Irbah ne prend pas position mais regrette qu’«au district, nous n’avons aucun retour de nos sollicitations auprès de la mairie d’Orchies pour organiser dans cette magnifique salle de la Pévèle arena des événements nationaux et internationaux liés au futsal ».

 

« Ce ne sont pas nos oignons »

Secrétaire général du Stade orchésien, Jean-Claude Gavignet approuve la collaboration de son club avec le futsal. « Cela nous libère des créneaux au stade le mercredi. Avec l’arrivée de l’hiver, s’entraîner en salle pour des gamins, c’est appréciable. Auparavant, il n’y avait jamais moyen d’en obtenir une. Elles étaient saturées. »

Sur le risque de voir des licenciés du club se tourner exclusivement vers le futsal, Jean-Claude Gavignet se veut serein. « Pour l’instant, nous n’avons perdu personne ». Le dirigeant met en avant la bonne collaboration avec Lucas Diniz, l’international belge, joueur de l’équipe de futsal en charge de la gestion des équipes de jeunes de l’Orchies Pévèle futsal. « En début de saison, il nous a présenté un programme d’entraînement. C’est carré, bien pensé et les joueurs apprécient », dit-il. Jean-Claude Gavignet est plus nuancé sur l’engouement de la discipline dans un territoire estampillé basket. « Je pensais qu’il y aurait plus de monde. Le basket attire entre 2 000 et 2500 spectateurs malgré la descente en N1. Mais il a une antériorité ». Avant de conclure  : « Ce ne sont pas nos oignons ».

 

 

La Voix d’Arnaud Déthée

Ils sont quatre en ce jour de mars 2018 à poser, tout sourire, sous l’œil du photographe pour célébrer les fiançailles du néo-club de futsal orchésien avec la Pévèle Arena. On voit là le président Abdelhak Ouafik, le boss du club, le maire d’alors Dominique Bailly, Farid Hirbah, du district Escaut, et… Ludovic Rohart, alors adjoint aux finances de la ville. À l’époque, l’union tombait à pic. Le Gayant-futsal cherchait un point de chute après avoir quitté Douai, le district cherchait une vitrine pour développer la discipline tandis que Dominique Bailly cherchait à faire briller l’Arena en rêvant à la coupe d’Europe promise par l’homme d’affaires belge qui avait tout raflé ces quatre dernières années Outre-Quiévrain à la tête du futsal Selaklean-Thulin. Dix-huit mois plus tard, la photo n’a pas eu le temps de jaunir qu’elle tient déjà de l’histoire ancienne. Ludovic Rohart refuse de s’exprimer sur le devenir du club et donne du grain à moudre à ceux qui lui prêtent des velléités de divorce. « Il veut faire table rase de l’héritage de D. Bailly », entend-on. « Il n’aime pas le ballon rond », dit-on. Si l’élu n’a jamais caché sa préférence pour le basket et le vélo, c’est qu’historiquement les deux disciplines collent à la peau de sa ville et des habitants. Plus encore, il ne croirait pas à la coexistence possible de deux clubs de haut niveau dans sa ville. D’autant que les créneaux d’occupation de la salle, déjà « chers », vont être lorgnés l’an prochain par Contact FM qui entend mobiliser l’Arena à la hauteur de ses ambitions. S’ajoute à cela le peu d’engouement que manifesteraient les Orchésiens en faveur de cette « pièce rapportée » qu’est le futsal, avec 2 à 300 spectateurs en moyenne par match. Le maire sifflera-t-il la fin de la partie s’il est réélu ? Il y a tout lieu de le penser.

 

 

« On fait les choses en bonne intelligence »

Président du Basket-club d’Orchies (BCO), Frédéric Szymczak se félicite des bonnes relations qu’entretient son club avec le futsal. « Il y a une concertation permanente pour l’occupation de la salle, assure-t-il. Chacun y met du sien pour trouver la meilleure solution même si nous avons été amenés à payer des dérogations pour jouer en soirée à l’Arena afin de laisser le futsal évoluer avant nous. On fait les choses en bonne intelligence. Après, les places sont chères, partager les créneaux n’est pas toujours évident. La question est de savoir s’il y a de la place pour deux clubs de haut niveau dans une ville comme la nôtre. Le futsal n’a pas encore atteint la notoriété du basket mais il a son public comme nous le nôtre ».

 

 

«Le futsal a toute sa place à la Contact Pévèle Arena»

Curieux avant de devenir accro. Francis Vasseur, ancien président du Stade orchésien jusqu’en 2013, est devenu un passionné de futsal au point de créer le LPK (Lion pévélois kop), club de supporters du futsal.

« Le futsal à ce niveau, c’est un véritable spectacle », insiste-t-il. Contrarié par la volonté pressentie du maire de « virer » le club de l’Arena, Francis Vasseur arborait récemment en tribune une pancarte « Orchies futsal en danger » en soutien au club. « J’ai interpellé Monsieur Rohart à ce sujet. Il m’a répondu que cela n’intéressait pas les Orchésiens. C’est faux. Tous les mercredis, j’assiste aux entraînements des jeunes, tous issus du coin. Il n’a jamais assisté à un seul match. » Sur l’affluence, Francis Vasseur se veut pragmatique. Sur les deux rencontres disputées à domicile depuis la reprise en septembre, il estime à 400 le nombre de spectateurs par match. « Cela fait moins d’un an que le club a mis un pied dans la salle. Soyons patients », dit-il, bien décidé à poursuivre sa croisade en faveur du maintien du futsal à Orchies.